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Burn-out : le cri de la perte de sens

Social/France

vendredi 6 avril 2018

LE/POINT DE VUE - Flux d’informations à gérer, moindres interactions humaines… Avec le numérique, les entreprises vont toujours plus vite et oublient de répondre à la quête de sens de leurs salariés. D’où l’augmentation des burn-out et autres maladies psychosociologiques au travail.

Plus nous entrons de plain-pied dans l’ère numérique et plus nous observons l’augmentation des burn-out et autres maladies psychosociologiques qui se manifestent dans le champ professionnel.

La numérisation de notre monde accélère de manière exponentielle le volume d’information (infobésité) et la rapidité de transmission. De ce phénomène est né un nouveau symptôme : le syndrome de débordement cognitif. Se sentant dépassé, cherchant à passer en force, à répondre aux exigences de performance, l’être humain contraint son corps jusqu’à l’extrême limite, à la rupture cognitive, émotionnelle et physiologique. Ce que le burn-out met en exergue, c’est la perte de sens. Une perte qui impacte à la fois la motivation et l’équilibre global de l’individu.

Un monde complexe

Ce qui caractérise les humains, c’est de créer des cultures, c’est-à-dire des espaces non-visibles composés de valeurs, normes, coutumes mais aussi d’une identité commune, d’un sens partagé. Nous avons besoin pour nous impliquer de savoir « pourquoi » (pour quelles raisons) et « pour quoi » (dans quels buts) nous agissons.

Or plus les entreprises vont vite et plus elles oublient de répondre à ce besoin. La communication financière des entreprises cotées, au rythme d’une fois par trimestre, a accentué la recherche de résultats immédiats. La rentabilité est passée d’un moyen à une fin. Les PDG sont devenus les pilotes de ces indicateurs. Ils ont perdu leur rôle de capitaine au long cours et ne proposent plus une vision long terme qu’ils incarnaient jusque-là.

L’engouement pour les entreprises libérées répond à ce besoin de trouver une vision, une raison d’être, un objet commun qui fait sens et mobilise chacun. Mieux, le contexte global des entreprises est devenu si complexe que plus personne, PDG compris, ne peut embrasser la totalité des informations dont il a besoin pour réussir le pilotage de son organisation. Il faut dorénavant répondre à la complexité du monde par la coopération et la mise en synergie des ressources humaines pour réussir la transition et relever les défis de la mondialisation.

Moins de capacités cognitives

Par ailleurs, tout ce qui est vivant est en interdépendance et en interaction. Nous sommes le fruit de coopérations incessantes. Internet s’est développé en mimant le fonctionnement des neurones du cerveau et désormais, des milliards de connexions ont lieu, toutes les secondes, agencées, pour la plupart, par des algorithmes qui modifient les relations initiales et spontanées. Ces connexions spontanées accélérant, comme nous l’avons vu, les flux, ne permettent plus l’intégration des informations. Cela ressemble à du « bruit » qui défile, s’accumule, et fait disparaître les liens précédents.

Nous sommes des êtres sociaux qui avons besoin de lien humain, d’interactions en face-à-face.

Ce manque de possibilités d’intégration des données prive la construction de la connaissance qui est le fruit de l’intelligence, à savoir, la capacité de relier les choses entre elles. Plus les informations sont consultables à l’extérieur de notre cerveau et moins nous disposons à l’intérieur des éléments suffisants pour réaliser des liens de pertinence et de créativité. Nous diminuons nos ressources cognitives pour anticiper demain. La spirale est alors négative. Moins de capacités cognitives entraînent plus d’efforts et accroissent les risques de burn-out, accentue la dévalorisation progressive de l’image de soi des individus.

Nous sommes des êtres sociaux qui avons besoin de lien humain, d’interactions en face-à-face. Des études démontrent que les interactions numériques privent d’une certaine partie de la qualité de ces liens qui nous constituent et ont tendance à faire baisser l’empathie. Nous avons besoin de conversations longues pour nous comprendre et permettre de faire converger nos représentations du réel pour aboutir à une raison d’être partagée, à une gouvernance accordée, à des ententes durables et des accords reposant sur du sens et du lien. C’est grâce à ces tissages de qualité que nous pouvons déployer créativité, innovation et originalité.

Source : lesechos.fr (30 mars 2018)

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