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L’hyperstress au travail "multiplie par quatre, cinq ou six le risque de burn out et de maladies cardiaques", selon les cas

Social/France

vendredi 1er décembre 2017

Le psychiatre Patrick Légeron, fondateur du cabinet Stimulus, a expliqué, lundi, que le stress ’ne peut pas être abordé comme une chose positive’ alors que son cabinet spécialisé dans la santé au travail a révélé qu’un quart des salariés français sont dans un ’état d’hyperstress’.

’Les cardiologues savent bien qu’aujourd’hui le stress est un facteur aussi puissant pour déclencher un infarctus que le tabagisme ou l’hypercholestérol’, a expliqué Patrick Légeron, lundi 27 novembre. Le psychiatre est fondateur du cabinet Stimulus, spécialisé en bien-être et santé au travail. Ce dernier a révélé qu’un quart des salariés français sont dans un ’état d’hyperstress’, selon les résultats de cette étude menée entre 2013 et 2017 auprès de 32 137 salariés travaillant dans 39 entreprises.

franceinfo : Comment définit-on le stress dans ses différents degrés ?

Patrick Légeron : Le stress est un concept scientifique qui est apparu dans les années 1930. C’est une réaction de l’organisme très complexe dans laquelle il y a des hormones – tout le monde connaît l’adrénaline –, mais aussi des émotions. C’est une réaction complexe qui est déclenchée chaque fois qu’on doit faire face à une situation difficile. Cette réaction est extrêmement utile. Le stress n’est donc pas une pathologie. D’ailleurs, il est rassurant de voir que plus de la moitié des salariés connaissent un stress très léger. Le problème du stress est lorsque sa dose devient excessive. Un peu comme la tension artérielle. Elle est nécessaire pour l’organisme, mais l’hypertension vous met en danger. L’hyperstress est un niveau élevé de stress. [Le mesurer] permet de définir qu’à partir d’un certain niveau de stress, des gens sont à risque. Ces gens ne sont pas forcément malades. Je ne dis pas qu’il y a 24% de gens malades, mais leur niveau de stress multiplie par quatre, cinq ou six le risque de burn out [syndrome d’épuisement professionnel] et de maladies cardiaques.

Quelle est votre position sur la notion de stress positif ?

La notion de stress positif est un concept un petit peu erroné, qui est beaucoup trop véhiculé par les entreprises, et qui n’est pas un concept scientifique. Rappelons que le stress est une réponse naturelle qui existe depuis l’aube de l’humanité. Nous avons été programmés pour avoir cette réponse qui nous permet, dans certains cas, de faire face à un danger. Aujourd’hui, nous ne sommes plus face à des prédateurs, comme au temps de l’homme des cavernes. Le problème est que nous sommes face à un stress qui est permanent. Le stress, aujourd’hui, ne peut donc pas être abordé comme une chose positive, mais au contraire comme un risque pour la santé. L’Organisation mondiale de la santé définit le stress comme le premier risque de la santé dans le milieu du travail. Par ailleurs, la France n’a pas une culture de prévention. On attend que les problèmes arrivent et on ne les anticipe pas. La seule raison qui pousse les entreprises à s’y intéresser est d’abord la médiatisation quand il y a des suicides et des burn out. Ce sont les risques juridiques et les aspects économiques qui les obligent à s’y intéresser, car le stress au travail représente un coût considérable, évalué à 3 et 4% du produit national brut.

On dit souvent que les stimulations extérieures, les informations, les activités multiples, font travailler le cerveau dans le bon sens. Qu’en est-il ?

Ce n’est pas faux. La preuve avec le nouveau concept – même si sa scientificité est assez faible – du bore-out [souffrance liée à l’ennui au travail] qui montre que des gens dépriment par l’absence de stimulation au travail. Le stress est donc un peu nécessaire. Le problème est la dose, qui fait le poison. Cette dose, aujourd’hui, devient inquiétante. On est face à un enjeu de santé publique. (...) Les cardiologues savent bien qu’aujourd’hui le stress est un facteur aussi puissant pour déclencher un infarctus que le tabagisme ou l’hypercholestérol. Pour autant, il y a un stress beaucoup plus important : c’est le stress du non-travail, car le travail protège la santé. Tout ce dont on parle – la dépression, les maladies cardiaques – se retrouvent dans le non-travail. Le travail en lui-même n’est pas un facteur de risque. C’est l’exposition à des facteurs spécifiques dans le cadre du travail, comme l’organisation ou les systèmes de management. La façon dont on manage les gens est une source de stress beaucoup plus important en France que dans des pays scandinaves

Source : francetvinfo.fr (27 novembre 2017)

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