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Les opérateurs télécoms accentuent la pression sur TF1

Télécoms

vendredi 9 mars 2018

Gilles Pélisson réussira-t-il à faire payer le prix fort aux opérateurs télécoms pour la diffusion des chaînes de TF1, dont il est le PDG ? S’il est trop tôt pour le dire, la situation se tend dangereusement pour « la Une », qui essuie un tir nourri de ses adversaires.

Alors que les audiences déclinent depuis la décision de Canal+, le 2 mars, de ne plus distribuer les chaînes du groupe à ses abonnés CanalSat et aux clients de TNT Sat, Orange et Free (dont le fondateur Xavier Niel est actionnaire à titre individuel du Monde) font monter la pression. Potentiellement, 18 millions de téléspectateurs pourraient être privés des programmes du premier groupe de télévision privée.

« Une rémunération infondée »

Mardi 6 mars, Free a pris ses clients à témoin du différend qui l’oppose au groupe audiovisuel. Un message est brièvement apparu sur les écrans des détenteurs de sa box : « Depuis plusieurs mois, nous négocions avec le groupe TF1, qui a décidé d’exiger une rémunération infondée pour des chaînes disponibles gratuitement en TNT et sur Internet. Nous sommes contraints d’interrompre la diffusion de TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Film, HD1 et LCI. Nous espérons remédier à cette situation rapidement. » En réalité, Free n’a pas coupé le signal, et le message a disparu en fin de journée. A sa manière, le trublion des télécoms a averti qu’il était prêt, lui aussi, à se passer de la Une.

Sur le papier, rien ne le pressait. Le contrat de distribution qui le lie à TF1 court jusqu’au 30 mars. Mais l’opérateur ne compte pas attendre cette échéance et s’est donné quelques jours pour statuer sur la situation. Selon nos informations, TF1 lui réclame 21 millions d’euros par an pour distribuer ses chaînes, soit autour de 3 euros par an et par client.

Dans un entretien au Parisien, M. Pélisson assure de son côté que TF1 demande « moins de 20 millions d’euros » par opérateur pour la diffusion de ses contenus et justifie l’importance des sommes demandées : « C’est moins de 1 % de ce que paye un abonné par mois. »

La Une, qui avait averti Free il y a dix-huit mois de sa volonté de revoir ses contrats, ne s’est pas toujours montrée aussi gourmande. Dans une proposition initiale, TF1 demandait, de bonne source, 7 millions d’euros. Mais les discussions n’avaient pas abouti.

Un accord qui rebat les cartes

Entre-temps, la filiale de Bouygues a conclu en novembre un accord de distribution avec Altice, maison mère de SFR, qui rebat significativement les cartes. A la surprise générale, l’opérateur, dont le propriétaire, Patrick Drahi, est pourtant peu connu pour son caractère dispendieux, accepte de payer à TF1 une rémunération d’une quinzaine de millions d’euros par an, soit environ 3 euros par an et par client.

Fort de ce contrat, la Une revient vers Free, avec une facture multipliée par trois par rapport à sa première proposition. Un discours similaire est tenu à Orange, prié de débourser autour de 25 millions d’euros. « Ils nous disaient qu’on ne pouvait pas s’éloigner du tarif payé par SFR », confirme-t-on au sein de l’opérateur historique. Avec en filigrane, une question : comment SFR a-t-il pu signer sans ciller des conditions qui font hurler ses concurrents ?

Ces derniers soupçonnent des contreparties réduisant significativement la facture acquittée par l’opérateur au carré rouge et blanc. Un indice est venu corroborer leurs doutes. Le 23 février, Bouygues Telecom annonce la conclusion d’un accord de distribution avec France Télévisions, mais surtout avec TF1 et SFR. Bouygues Telecom va donc verser de l’argent pour diffuser la Une, mais également les chaînes de SFR, comme BFM ou SFR Sport. Autrement dit, ce que le groupe Bouygues, à la fois propriétaire de Bouygues Telecom et de TF1, prend à SFR, l’opérateur le récupère, au moins en partie.

Le CSA, longtemps aux « abonnés absents »

Après être prudemment resté hors du jeu, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) entre dans la danse. Selon RTL, il recevra TF1, mercredi, et Canal+, le lendemain. « Notre souhait, c’est que [les discussions] débouchent au plus vite pour l’intérêt du téléspectateur », a déclaré mardi 6 mars Nicolas Curien, président par intérim du CSA. Pourquoi une intervention si tardive alors que les opérateurs avaient sollicité le CSA à plusieurs reprises ces derniers mois ? « Ils étaient aux abonnés absents. Ils sont plus investis quand il faut se pencher sur les blagues de [Cyril] Hanouna ! », dénonce un opérateur.

Le président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), Sébastien Soriano, a estimé mercredi matin sur Europe 1 qu’il était nécessaire de se poser aujourd’hui la question de la rémunération des chaînes de télévision, alors qu’elles sont de plus en plus dépendantes d’Internet pour leur diffusion. Il dit que « le comportement de TF1 est aussi un cri d’alarme qui doit s’entendre », même s’il ajoute qu’« à partir du moment où une chaîne est gratuite, elle devrait être gratuite pour tous les Français ».

La ministre de la culture, Françoise Nyssen, a sommé mercredi 7 mars Canal+ de rétablir TF1 sur TNT Sat, selon l’AFP.

Orange prêt à se passer de la Une

En menant ce combat, Gilles Pélisson joue gros. Depuis la coupure de Canal+, les audiences de la Une ont perdu en moyenne 7,5 % de téléspectateurs. Un million de téléspectateurs a déserté l’émission « The Voice » samedi, et son JT est passé derrière celui de France 2. « A 19 %, nos audiences restent extrêmement solides », rétorque un porte-parole de TF1.

Que se passera-t-il si Orange et Free emboîtent le pas à Canal+ ? Stéphane Richard, le PDG de l’opérateur historique, a dit lundi dans Le Figaro que lui aussi était prêt à se passer de la première chaîne privée. Dans cette optique, Orange a déjà adressé un message à ses clients, leur expliquant comment basculer facilement sur la Une en cas de coupure.

« Un effet paresse du téléspectateur »

L’opérateur historique pèse, d’après les études, pour un quart des audiences de TF1, et Free, 12 %. Combien de millions de téléspectateurs privés des chaînes de la Une sur leur box prendraient la peine d’aller sur la TNT pour retrouver leurs programmes ? « Il y a un effet paresse du téléspectateur, même si les gens finiront par s’organiser », dit un expert.

Pour M. Pélisson, le bras de fer se durcit, d’autant qu’il dispose de moins de moyens de pression qu’auparavant. Selon certains, le PDG de TF1 comptait sur l’état de faiblesse supposé de Stéphane Richard, en pleine campagne pour le renouvellement de son mandat, pour faire plier l’opérateur historique. Depuis, le PDG d’Orange a été confirmé dans ses fonctions. Selon plusieurs sources, Martin Bouygues est même allé, il y a quelques semaines, s’ouvrir de ses problèmes au ministre de l’économie, Bruno Le Maire.

Source : lemonde.fr (7 mars 2018)

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  • mél : orange@unsa.org
  • tél. : +33 (0)6 43 58 04 45
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