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Neutralité des terminaux : après les tuyaux, l’Arcep veut se pencher sur les robinets

Télécoms

mercredi 21 février 2018

« Nous sommes conscients que certains considèrent notre proposition comme du Don Quichottisme, voire une hérésie » expliquait jeudi Sébastien Soriano en ouverture du colloque organisé par l’Arcep au sujet de la neutralité des terminaux (smartphones, tablettes, enceintes connectées, box...).

Au vu de l’ampleur de la tâche, on comprend que le président de l’autorité de régulation des télécoms souhaite en effet se justifier : l’Arcep s’occupe habituellement de réguler les réseaux de télécommunications et s’aventurer ainsi sur le terrain des terminaux, c’est faire preuve d’une certaine audace. On peut en effet légitimement se demander si ces questions ne devraient pas être directement traitées par l’autorité de la Concurrence tant les enjeux semblent éloignés des préoccupations initiales de l’Arcep.

L’Arcep sort de ses tuyaux

Mais l’Arcep continue de suivre le fil de son raisonnement : « De fait, nous sommes le gendarme de la neutralité du net. Nous dépensons beaucoup de notre énergie pour nous assurer que la tuyauterie fonctionne. Mais qu’en est-il des robinets ? » résume ainsi Sebastien Soriano. Pour l’Arcep en effet, s’intéresser aux terminaux n’est rien de plus que l’évolution logique de leur démarche à l’égard de la neutralité du net.

Pour autant, l’Arcep a bien conscience d’être là en territoire inconnu et avance donc à pas mesurés. Le rapport publié la semaine passée se veut avant tout « un travail de constat » : via une consultation publique, l’Arcep a multiplié les échanges et interviews afin de constituer un panorama complet des restrictions qui viennent faire obstacle à la neutralité du net au niveau des terminaux. Mais l’Arcep ne se contente pas d’un simple tour d’horizon du problème : le rapport veut aussi avancer des « propositions raisonnables » selon les mots de Sébastien Soriano. Sans révolutionner les usages, l’Arcep propose donc avec ce rapport une série de mesures qui pourraient déjà être mises en œuvre afin d’offrir à l’utilisateur des meilleures garanties quant à la neutralité de son terminal.

Si l’autorité retient dans son rapport une définition large des « terminaux », le rapport se concentre néanmoins sur plusieurs catégories assez bien définies de nouveaux terminaux qui ont fait irruption dans les mains des consommateurs au cours des dernières années. La première tendance lourde que l’Arcep retient, c’est évidemment l’arrivée des smartphones qui a bousculé nos habitudes de consommations en ligne : l’autorité relève ainsi que 73% des Français utilisent aujourd’hui un smartphone contre 17% en 2011 et que l’usage préféré reste la navigation sur internet pour 64% des Français.

Nouveaux terminaux, nouveaux usages et verrous

Cet engouement pour le smartphone est l’un des facteurs ayant conduit l’Arcep à se pencher sur ce sujet : Sébastien Soriano poursuit ainsi sur le registre de la métaphore en affirmant que « c’est en rentrant dans notre poche qu’internet s’est déformé. »

Les verrous mis en place au niveau du terminal par Apple et Google, les deux principaux acteurs du milieu du smartphone, peuvent effectivement avoir une influence important sur ce qui est accessible en théorie à un utilisateur. Cela peut aller d’applications par défaut préinstallées sur le smartphone par le constructeur, aux règles d’accès aux magasins d’applications : l’absence de fonctionnalité permettant de mettre en place un bloqueur de publicité sur Android n’est pas un hasard, Google reste avant toute chose la plus grande régie publicitaire en ligne au monde.

 

Les enceintes connectées sont un appareil encore peu commun, mais qui pourrait s’imposer dans les années à venir

Outre les téléphones, le rapport de l’Arcep évoque aussi d’autres terminaux qui interrogent : les consoles de jeu, les box des opérateurs, les télévisions et voitures connectées, mais aussi les enceintes « intelligentes » type Google Home ou Amazon Echo. Ces dernières sont un phénomène récent, mais semblent être en passe de s’imposer et de mettre en place avec elle une nouvelle interface avec le réseau via les assistants vocaux qu’elles embarquent. Mais l’émergence des assistants vocaux pose des questions : contrairement à un app store ou un moteur de recherche, une recherche réalisée par un assistant vocal ne retourne qu’une seule réponse, celle que l’assistant considère comme la plus pertinente. La lutte pour faire passer son service sur la première page des résultats de recherche était deja acharnée et nombreux sont ceux qui demandent plus de transparence sur les méthodes d’indexation du géant américain, mais l’arrivée de ces nouveaux terminaux risque fort d’accentuer la tendance.

« On peut isoler plusieurs types de restrictions sur ces terminaux » résume Vincent Toubiana, technologiste à l’Arcep. « Certaines sont liées à la nature du terminal et on peut assez facilement comprendre leur mise en place. D’autres semblent néanmoins plus délibérées et sont imposées par les constructeurs sans offrir de réelles contreparties. »

Ce que craint l’Arcep, c’est notamment d’assister à un phénomène de « kindle-isation » : derrière le néologisme se cache l’idée que l’on voit émerger aujourd’hui beaucoup d’appareils connectés à internet, mais entièrement dédiés à un seul usage, et qui offrent donc une vision partielle du réseau. « On assiste à une segmentation de l’accès à internet entre une somme d’intermédiaires offrant des connexions spécialisées », résume le rapport de l’Arcep.

Pas de solution miracle

Face à ces tendances lourdes, les tables rondes organisées par l’Arcep tentaient d’apporter des éclairages et des solutions. Pour certains interlocuteurs tels que Tristan Nitot ou Gregory Isabelli, fondateur de Board Game Arena, la solution est évidemment dans le web. « J’aimerais vraiment que le web devienne l’App Store universel pour tous les terminaux » résumait ainsi Tristan Nitot qui souhaite mettre en avant les web apps et autres progressive web apps.

Une piste de réflexion, alors que les applications web ont droit à un timide retour en grâce après avoir été éclipsées par les applications natives. Mais cette solution n’est évidemment pas la panacée : comme le rappelait Laetitia Grail, fondatrice de l’application éducative myBlee Math, certaines réalités du marché viennent faire parfois obstacle à ces développements. On peut saluer les progrès du web en la matière, le tournant vers les applications natives a été pris avec toutes les restrictions qu’il implique et le cap sera difficile à redresser.

 

Soucieuse de privilégier la pédagogie sur un sujet encore nouveau, l’Arcep a choisi de produire une bande dessinée résumant les grandes lignes de son rapport.

Dans son rapport, l’Arcep propose elle aussi quelques solutions afin de faire face à ces problèmes. L’autorité décline l’approche qu’elle applique déjà au secteur des télécoms, celle de la « régulation par la data » : l’idée est de jouer au maximum sur la transparence, en plaçant l’Arcep comme arbitre, et en laissant l’autorité répertorier publiquement les bons et les mauvais joueurs à travers notamment les remontées des utilisateurs.

Il s’agit notamment « d’informer les utilisateurs sur les politiques éditoriales », mais aussi de promouvoir des outils de comparaison ou de mettre en place des plateformes d’alerte, à l’instar de ce qu’avait mis en place l’Arcep pour les télécoms avec son site jalerte.arcep.fr. La technique du « name and shame » a fait ses preuves et l’Arcep semble la préférer à une régulation s’appuyant sur des sanctions. D’autres pistes sont évoquées, telles que l’obligation de permettre la suppression des applications préinstallées ou encore favoriser la transparence des critères de référencement des magasins d’applications.

« Face à un sujet si vaste, nous n’avons pas peur de commencer de manière assez modeste », résume Sébastien Soriano. Les propositions se veulent donc concrètes sans nécessairement venir révolutionner complètement l’approche de l’Arcep, qui ne fait ici que décliner son approche en matière de neutralité du net sur le terrain des terminaux.

Source : zdnet.fr (19 février 2018)

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