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Jean-Paul Delevoye ’pour un système des retraites plus juste’

Social/France

lundi 18 décembre 2017

Haut-Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye veut susciter une "mobilisation citoyenne" autour du projet de réforme des retraites, tout en excluant l’hypothèse d’un référendum. Interview.

Quels sont les enseignements de vos premières rencontres avec les partenaires sociaux ?

Je crois qu’ils adhèrent à l’esprit d’une réforme, qui correspond à un projet de société, renforçant la cohésion nationale. Les réformes des dernières années ont permis une forte diminution du déficit des retraites. Il s’agit maintenant de transformer le système pour le plus rendre plus juste, plus transparent. Nous avons proposé aux partenaires sociaux une méthode, qui part d’un diagnostic pour aller vers l’objectif fixé par le président : un euro cotisé doit donner le même droit à tous…

Et la réforme englobe tous les régimes ?

Oui, nous abordons la totalité des régimes, qu’il s’agisse des régimes spéciaux, complémentaires, parlementaires… Chaque français doit se sentir concerné. Et chacun mesure la légitimité d’un projet de transformation vers un système « universel », plus juste, plus lisible, dans un monde où les parcours professionnels seront différents, fragmentés, où il faudra donc accompagner chaque individu. C’est dans ce cadre que l’on pourra étudier le traitement à apporter aux études longues, à la réversion, aux périodes de chômages, aux avantages familiaux…

C’est donc la fin des régimes spéciaux de retraite ?

Vous présentez cela de façon anxiogène ! Un de mes objectifs est au contraire de renforcer la confiance dans notre système de retraite : les jeunes doivent être convaincus qu’ils en bénéficieront aussi. Il ne s’agit pas de signer la fin de quelque chose, nous voulons respecter le caractère identitaire de certains régimes de retraite : un cheminot est un cheminot, un gazier est un gazier.

Peut-on respecter l’identité d’un cheminot dans un système unique à points ?

Bien sûr ! Il faut partir du respect de la culture de chacun. Ce n’est pas la banalisation des différences, l’unicité ne veut pas dire la conformité. L’égalité des droits pour un euro cotisé, ne signifie pas le même niveau de cotisation, et donc pas le même niveau de retraite. Par exemple, si on devait aller vers un système à points, cela permettrait tout a fait de prévoir des points majorés, tenant compte des handicaps, des enfants… Et des points octroyés pour les chômeurs, les gens en formation, intégrant les critères de pénibilité ou ces particularismes et identités que vous évoquez.

Que pensez-vous d’un statut du retraité ?

J’ai entendu ce discours… Mais alors il faudrait un statut des jeunes. Nous devons plutôt renforcer la cohésion nationale. Assurer la solidarité entre les jeunes et les personnes âgées, mais faire aussi que les personnes âgées soient conscientes qu’elles sont concernées par l’état du pays.

La réforme peut-elle se faire sans augmenter la contribution des Français et des entreprises ?

A ce stade, je pose juste une règle d’or : la réforme ne peut en aucun cas aggraver les déficits et l’endettement du pays. Elle doit garantir la soutenabilité financière de nos régimes de retraite. Et on devra regarder ensuite ce qui peut relever de l’impôt ou de la cotisation. Je veux poser des questions politiques avant de chercher des réponses budgétaires.

Que deviennent les régimes complémentaires ?

Notre réflexion devra évidemment intégrer cette question. Cela pose des questions très techniques comme le niveau du plafond de cotisation, mais aussi bien évidemment des questions politiques : Il faudra tenir compte de la formidable responsabilité des partenaires sociaux, et leurs capacités à prendre des décisions difficiles. Il faudra aussi réfléchir au troisième étage du système, les retraites supplémentaires…

Concernant ce troisième étage, faut-il développer des « fonds de pension à la française », comme le souhaitait le ministre de l’Economie Emmanuel Macron ?

Ce n’est pas le cœur de la réforme, mais il ne faudra pas s’interdire de travailler sur les moyens de développer aussi une épargne longue.

Une loi-cadre était annoncée au premier semestre 2018, vous avez plaidé pour prendre plus de temps. Le président vous a entendu ?

Chacun est conscient qu’il faut du temps pour que l’ensemble des Français s’approprient les enjeux et participent à la co-construction du projet. Et dans le même temps, comme la réforme se déploiera très progressivement, il serait logique de ne pas trop tarder à en fixer les grands principes. Le calendrier n’est à ce stade pas arbitré.

Peut-on imaginer un référendum sur les retraites ?

Je suis très prudent sur les référendums : dans nos démocraties d’émotion, si vous consultez l’opinion sans avoir pris le temps de la délibération, vous obtenez une réponse émotionnelle, comme sur le Brexit. On ne joue pas le sort d’une nation ou la réussite d’un projet aussi important sur un moment d’émotion. Nous allons en revanche mener une concertation permanente, tous azimuts, avec l’ensemble des acteurs concernés. Je réfléchis aussi à une mobilisation citoyenne par des forums citoyens, des jurys citoyens, des pétitions… Chacun doit se sentir concerné, pouvoir poser des questions, et pourquoi pas contribuer au projet.

Vous connaissez la phrase de Michel Rocard : ’la réforme des retraites peut faire sauter plusieurs gouvernements’…

Je sais que le débat politique oppose aujourd’hui les porteurs de peurs aux porteurs d’espérance. Et nous, nous portons un projet d’espérance et de solidarité. L’inquiétude existe, et il est évident que si nous abordons le sujet sans respecter les gens, il peut y avoir un phénomène de crispation chez les citoyens. Nous devons être clairs sur nos objectifs, pour qu’ils adhèrent à notre projet politique : un système plus équitable, plus lisible, plus transparent.

Source : estrepublicain.fr (14 décembre 2017)

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