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Votre emploi est-il menacé par un robot ?

Social/France

mercredi 22 novembre 2017

L’engouement des jeunes pour la robotique et les progrès fulgurants en intelligence artificielle risquent de chambouler le marché du travail. Certains emplois disparaîtront, d’autres seront créés. Allons-nous tous être remplacés par des robots ?

Les robots à pied d’oeuvre

L’heure des prévisions est révolue. La robotique et les applications intelligentes sont partout autour de nous. Voici quelques exemples de robots qui sont déjà à l’ouvrage. Certains nous ont remplacés, d’autres travaillent avec nous. Tour d’horizon.

Les véhicules autoguidés du CHUM

Ceux qui ont déjà visité le nouveau CHUM les ont peut-être remarqués. Les 70 véhicules autoguidés (VAG) servent à transporter du matériel - médicaments, prélèvements, échantillons, produits sanguins, etc. - dans l’énorme enceinte de l’hôpital. On parle de 3500 déplacements par jour sur un circuit d’environ 9 km. Ces robots circulent dans des voies qui leur sont réservées. Ils peuvent même prendre de petits ascenseurs qui leur sont destinés. Bref, on est passé ici de la parole à l’acte.

Le robot chirurgical Da Vinci

Le robot chirurgical Da Vinci a des bras, que le chirurgien actionne, qui maintiennent des instruments chirurgicaux en place (pinces, ciseaux, etc.). L’hôpital du Sacré-Coeur en possède également. « De la console, le chirurgien obtient une vision en trois dimensions du champ opératoire, avec une possibilité de grossissement pouvant atteindre 10 fois, écrit la direction de Sacré-Coeur. Les commandes de la console lui permettent de reproduire à distance, avec une précision accrue, les mêmes gestes et manipulations effectués lors d’une opération classique. »

Les robots cueilleurs de fraises

Les robots cueilleurs de fraises sont déjà en marche au Japon où ils sont partagés par plusieurs producteurs. Des robots qui peuvent même cueillir les fruits les plus mûrs. L’analyste Sara Olson, de la firme américaine Lux Research, estime que les robots cueilleurs, plus fiables et plus précis, deviendront une solution rentable. Les firmes Abundant Robotics de Californie et FFRobotics d’Israël travaillent sur des engins qui permettront au milieu agricole d’automatiser la récolte de fruits. Des étudiants du département de génie robotique de l’Université de Sherbrooke travaillent en ce moment sur un prototype pour robotiser la cueillette de tomates.

Les robots soudeurs

Robotiq, de Lévis, s’est fait connaître grâce à son robot soudeur utilisé dans le secteur de la construction automobile. Aujourd’hui, l’entreprise qui emploie 70 personnes s’est tournée vers les robots collaboratifs capables de faire de la manutention d’objets en présence d’humains. Une tâche répétitive assurée autrefois par des opérateurs de véhicules de chargement. « Ces robots guidés par des caméras sont de plus en plus demandés dans les entreprises qui gèrent des stocks », nous dit le porte-parole de l’entreprise, David Maltais.

Les robots roulants Kiva d’Amazon

Parlant de gestion de stocks et de commandes, Amazon possède plus de 45 000 robots dans ses entrepôts américains. Des bras robotisés, mais aussi des robots roulants qui peuvent transporter d’immenses étagères de produits de manière totalement autonome. En 2012, Amazon a acheté l’entreprise qui les produisait (pour la somme de 775 millions). Son objectif est de confier le travail répétitif, physiquement exigeant ou dangereux aux robots, qui cohabitent désormais avec des humains, qui les supervisent.

Les robots de téléprésence

On les appelle des Beam. Ce sont des robots de téléprésence qui permettent aux utilisateurs de faire des appels de vidéoconférence. Concrètement, on parle d’écrans montés sur de petits chariots mobiles qui se promènent dans un espace donné. « C’est comme un Skype sur roues, nous dit François Michaud, qui dirige le programme de génie robotique à l’Université de Sherbrooke. Le coût est relativement minime et permet à une entreprise de faire des économies intéressantes. Un directeur qui veut voir ce qui se passe dans une de ses usines du Mexique n’a pas nécessairement besoin de s’y rendre. »

Les robots aspirateurs

Roomba, le robot aspirateur fabriqué par l’entreprise iRobot, a été inventé il y a déjà quelques années par Rodney Brooks, qui a dirigé le laboratoire d’intelligence artificielle du MIT jusqu’en 2007. On parle d’un petit engin capable de cartographier son environnement grâce à une caméra afin de nettoyer toutes les zones d’une pièce. Chaque année depuis sa commercialisation, le robot aspirateur s’est raffiné. Mieux, de nouveaux acteurs se sont lancés dans la mêlée, offrant aux consommateurs un choix de plus en plus intéressant d’aspirateurs autonomes.

Cohabiter avec les robots

Selon les experts du Forum économique mondial réunis à Davos en janvier dernier, la robotique et l’intelligence artificielle deviendront les moteurs de la quatrième révolution industrielle. Une révolution qui redéfinira les activités agricoles et industrielles, le secteur manufacturier, la vente au détail, le domaine de la santé et la domotique. Entre autres.

Seul hic : selon ces experts, cette révolution entraînera d’ici les cinq prochaines années la suppression de cinq millions d’emplois - malgré la création d’environ 2 millions de « nouveaux » emplois. Un scénario catastrophe que certains économistes contestent cependant ou tentent de mettre en perspective.

N’empêche. L’institut canadien Brookfield estime que 46 % des emplois au Canada ont un potentiel d’automatisation. D’où l’importance de préparer les jeunes à ce transfert de compétences, nous dit Gabriel Bran Lopez, fondateur de Robotique First, qui est présent dans environ 150 écoles primaires et secondaires du Québec et qui organise chaque année une compétition de robotique.

« Le futur de l’éducation repose sur ces compétences transférables. Les gouvernements, les systèmes d’éducation, tout le monde se pose la question : quelles sont les compétences du XXIe siècle ? », pense Gabriel Bran Lopez, fondateur de Robotique First.

« Comment va-t-on préparer les élèves, en particulier les autochtones, les jeunes immigrants ou les groupes sous-représentés au marché du travail en sachant que plusieurs emplois d’aujourd’hui n’existeront pas demain ? », ajoute-t-il.

Dans un rapport sur l’emploi en Colombie-Britannique publié l’an dernier, l’organisme Labour Market Solutions abonde dans ce sens, estimant que près de la moitié des emplois pourraient s’automatiser ou se faire en collaboration avec des robots. Parmi les professions menacées, on retrouve entre autres les vendeurs en magasin (650 000 emplois au Canada) et les caissiers (309 000 emplois).

Dans ce contexte, les leaders de la vente au détail ne sont pas très loquaces...

La Compagnie de la Baie d’Hudson, par exemple, n’a pas voulu commenter ces changements en cours, préférant s’en tenir à de grands principes : « Nous croyons qu’il faut combiner le pouvoir des gens à celui de la technologie pour bien servir notre clientèle », indique une porte-parole de l’entreprise. Combien d’emplois seront automatisés ? Comment La Baie d’Hudson s’adapte-t-elle à cette nouvelle réalité ? « Nous sommes déterminés à livrer une expérience de shopping exceptionnelle », nous répond-on.

Votre métier est-il à risque ?

L’Université d’Oxford et la firme Deloitte ont conçu récemment une application pour déterminer le risque de disparition de 365 emplois traditionnels. En un clic, vous verrez le risque d’automatisation de votre emploi. Les journalistes, par exemple, courent 8 % de risque de voir leur métier se robotiser.

En revanche, les représentants de vente, les techniciens de laboratoire et les caissiers ont 90 % de risque de voir leur job disparaître. Les créateurs de cette application estiment que 35 % des emplois actuels (en Angleterre) risquent d’être automatisés. Une liste des jobs les plus et les moins à risque a été dressée.

Des emplois plus intéressants ?

Margarida Romero, professeure en technologie éducative à l’Université Laval, à Québec, envisage ce virage de façon positive, estimant que cette révolution risque de rendre les emplois plus intéressants.

« Je crois que les emplois qui vont disparaître sont les moins intéressants et les plus routiniers. La cueillette des fruits est un bon exemple. Pourquoi exploiter des gens à cueillir des fraises sous le soleil quand on peut le faire avec un robot ? », questionne Margarida Romero, professeure en technologie éducative à l’Université Laval.

« Moi, je pense que ça peut créer des emplois qui seront plus intéressants, poursuit-elle. Tout dépend des politiques qui seront mises en place pour mettre en valeur l’humain. »

Dans son livre intitulé Usages créatifs du numérique pour l’apprentissage au XXIe siècle, la chercheuse indique que les emplois requérant une plus-value humaine, par exemple dans les domaines de l’ingénierie, la créativité artistique, l’éducation, la psychologie ou l’éthique et la justice, ne sont pas en péril. « Parce qu’il y a des domaines où les humains ont besoin des humains » et où « la pensée critique » est nécessaire.

À Polytechnique, le directeur du département de génie mécanique, Luc Baron, estime de son côté que le nombre d’emplois de techniciens va nécessairement augmenter pour faire fonctionner tous ces systèmes automatisés imaginés par des équipes d’ingénieurs. Pour leur conception, mais aussi pour leur entretien. « On n’a qu’à penser au centre de distribution d’Amazon ou aux véhicules automatisés du nouveau CHUM. »

La robotique collaborative

Le directeur du programme de génie robotique à l’Université de Sherbrooke, François Michaud, croit qu’en fin de compte, le plus grand défi à venir est la cohabitation entre humains et robots.

« À l’heure actuelle, la majorité des robots sont dans des cages - où les humains ne se trouvent pas pour des raisons de sécurité, explique-t-il. Dès qu’ils touchent des humains, ils arrêtent de fonctionner. Mais il y a de plus en plus d’applications et de robots capables d’opérer à proximité des humains. C’est ce qu’on appelle la robotique collaborative. Au Québec, trois universités se sont associées pour concevoir un programme de formation dans le secteur manufacturier. »

Les chaînes de montage flexibles, avec des interventions ciblées qu’on peut reprogrammer soi-même facilement, voilà la voie de l’avenir, croit François Michaud. Les robots sont appelés à travailler avec les humains. La difficulté, c’est qu’il faut faire un compromis sur la précision. Parce qu’il faut pouvoir interagir avec eux et peut-être réduire leur puissance. Par contre, dans les salles d’opération, les bras robotisés sont de plus en plus précis.

Doit-on s’attendre à de nombreuses pertes d’emplois avec l’essor de la robotique ?

François Michaud fait un parallèle avec l’arrivée des ordinateurs. « Les bibliothécaires étaient sûrs de perdre leur emploi, mais dans les faits, le nombre d’employés a augmenté. Les robots, il faut les voir comme une extension de l’humain. Ils nous permettent d’en faire plus. La nature des emplois va changer, c’est sûr, mais l’intervention humaine est encore nécessaire dans de nombreux secteurs. Globalement, je crois que ça va créer des emplois ailleurs et que ça va maintenir la productivité et la rentabilité des entreprises. »

Source : lapresse.ca (19 novembre 2017)

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