Accueil > Nos Publications > Revue de Presse

Ce que les fonctionnaires perdent (ou gagnent) avec Macron

Social/France

vendredi 13 octobre 2017

Les neuf syndicats de la fonction publique appellent à manifester ce mardi. Sont-ils vraiment victimes de la politique gouvernementale ?

  • Ils ont contribué à son élection, les voici aujourd’hui qui manifestent leur mécontentement dans les rues. Au printemps dernier, 27% des fonctionnaires ont voté pour Emmanuel Macron au premier tour, plus que la moyenne des Français (24%). Cette proportion a même atteint 36% parmi les fonctionnaires de la catégorie A, et 36% également chez les enseignants. L’automne arrivé, les neuf syndicats de la fonction publique appellent pourtant tous ensemble à une journée de grève et de manifestations ce mardi. Une unanimité jamais vue depuis dix ans !
    Après les défilés contre la réforme du Code du Travail, Emmanuel Macron doit faire face à un nouveau mouvement de colère. Ses racines sont multiples. ’La mobilisation des fonctionnaires n’est pas seulement liée à des revendications de pouvoir d’achat’, souligne Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS-Cevipof et auteur de ’Quel avenir pour la fonction publique ?’ (La Documentation française, mars 2017) :
’Ce qui motive les inquiétudes de nombre de fonctionnaires, c’est qu’on retrouve les mêmes perspectives que lors de l’élection de Nicolas Sarkozy.’

C’est-à-dire ? Il explique :

’Comme en 2007, la fonction publique devient une variable d’ajustement budgétaire.’

Les syndicats organisent 120 défilés à travers la France. A Paris, le cortège partira à 14 heures de la place de la République en direction de la place de la Nation. Que lira-t-on sur les banderoles et les pancartes des manifestants ? Passage en revue des dossiers qui fâchent et constituent selon les organisations de la fonction publique ’une série d’attaques sans précédent’.

Parmi les principaux sujets de crispation, la hausse de la CSG. Le problème est moins technique qu’il n’y paraît. Pour les salariés du privé, cette augmentation sera compensée par une baisse un peu plus forte des cotisations sociales. L’opération se soldera donc par un gain de pouvoir d’achat, directement visible sur la feuille de paye. Mais ce ne sera pas le cas pour les fonctionnaires qui ne versent pas les mêmes charges sociales.

Le secteur public va-t-il perdre du pouvoir d’achat ? C’est ce que redoutent les syndicats, qui en ont fait un des principaux mots d’ordre de la mobilisation de ce mardi.

Le gouvernement a promis un dispositif de compensation. Edouard Philippe a tenté de déminer le dossier, ce lundi matin, sur Europe 1. Le Premier ministre a assuré que pour les fonctionnaires :

’L’augmentation de la CSG sera totalement neutralisée.’

La compensation aura lieu de deux façons : ’diminution des cotisations salariales’ pour les fonctionnaires qui en ont, et ’versement de prime’ pour ceux qui n’en ont pas. ’L’indemnité correspondrait exactement à la perte de pouvoir d’achat’, a promis le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin.

Pas de perte, donc, assure le ministre. Mais pas de hausse non plus, contrairement aux salariés du privé. Un ’deux poids, deux mesures’ qui passe mal au yeux de l’intersyndicale :

’La hausse de la CSG se traduira au mieux par une simple compensation dans la fonction publique, c’est à dire sans gain de pouvoir d’achat pour les agents. C’est inacceptable.’

Un pouvoir d’achat qui stagne

D’après Edouard Philippe, la compensation de la CSG sera complétée par ’l’augmentation normale de la masse salariale dans la fonction publique’. ’Ça veut dire une augmentation de pouvoir d’achat annuelle d’environ 2% au global’, a ajouté le chef du gouvernement. Un chiffre qui s’explique principalement par la hausse liée à l’ancienneté. Mais à ancienneté égale, c’est le statu quo. Après une hausse de 0,6% en février, le ministre Gérald Darmanin a annoncé en juin le gel du point d’indice des fonctionnaires, qui sert à calculer leur rémunération.

Laurent Berger, numéro un de la CFDT, ne s’en satisfait pas. Dans une interview aux Echos, lundi soir, il a déclaré :

’Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a promis un gain de pouvoir d’achat pour tous les salariés et agents publics. Or, il est question pour les fonctionnaires seulement de compenser la hausse de la CSG.’

Le secrétaire général de la CFDT appelle le président de la République à ’respecter sa parole’ :

’Le gouvernement doit s’engager sur une augmentation du pouvoir d’achat des fonctionnaires.

Cela signifie que l’accord sur la revalorisation des carrières négocié avec le précédent gouvernement doit s’appliquer comme prévu.’

Les syndicats craignent un report de l’application du protocole PPCR (Parcours professionnels, carrières et rémunérations) négocié sous François Hollande, et qui prévoit une revalorisation progressive des salaires des fonctionnaires d’ici à 2020.

120.000 postes en moins

Voilà une promesse de campagne que les syndicats préféreraient qu’Emmanuel Macron oublie : la réduction du nombre de fonctionnaires. Le chef de l’Etat compte en supprimer 120.000 sur la durée du quinquennat, dont 50.000 dans la fonction publique d’Etat. Une ambition prudemment revue à la baisse puisque le projet de budget pour 2018 commence par en supprimer 1.600.

Mais les effectifs sont d’ores-et-déjà ’la cause d’une situation de grande tension professionnelle’, explique le chercheur Luc Rouban. C’est particulièrement vrai dans l’armée, ’où l’on constate l’épuisement professionnel des troupes car il n’y a pas assez de soldats ni de moyens, et où les femmes de militaires manifestent contre les erreurs dans le versement des soldes’.

Mais aussi dans la police, ’où même s’il y a eu quelques améliorations des conditions de travail, les fonctionnaires subissent une situation de tension permanente et ont le sentiment d’être les soutiers de la République’. Les policiers d’Alternative CFDT et de l’Unsa-police seront dans les cortèges.

Et bien sûr à l’hôpital, ’où outre les manques d’effectifs, les personnels font face à des difficultés hiérarchiques et de management et préfèrent parfois quitter le service public pour le secteur libéral’. Luc Rouban souligne :

’On a des signes objectifs qui mesurent cette souffrance, puisqu’on constate une hausse du taux de suicide des fonctionnaires des hôpitaux et de la police.’

D’ailleurs, et c’est une première depuis 2009, une dizaine de syndicats de praticiens hospitaliers (médecins, pharmaciens, dentistes) appellent eux aussi à manifester avec les infirmiers et aides-soignants contre la dégradation de leurs conditions de travail et ’l’étranglement financier’ de l’hôpital.

A l’école, les effectifs ne sont pas réduits, au contraire, puisque le gouvernement mobilisera à terme 12.000 enseignants pour réduire le nombre d’enfants par classe dans les établissements d’éducation prioritaire. Cependant la réduction des emplois aidés suscite des craintes. ’Il faut transférer leurs missions sur les autres personnels’, relève Luc Rouban.

Le retour du jour de carence

Instauré par Nicolas Sarkozy, supprimé par François Hollande, le jour de carence fait son retour avec Emmanuel Macron. Gérald Darmanin a justifié :

’Il permet de lutter contre le micro-absentéisme qui désorganise les services, alourdit la charge de travail des collègues en poste et coûte environ 170 millions d’euros par an.’

’Il y a quelques années, il avait produit de remarquables résultats pour lutter contre l’absentéisme’, a pour sa part insisté Edouard Philippe sur Europe 1.

Sa création en 2011 s’est accompagnée d’une chute de 43% des arrêts d’une journée. Mais attention : les arrêts de 15 jours et plus ont augmenté de 35%.

Fonctionnaires : la journée de carence réduit-elle l’absentéisme ?

’Le jour de carence est motivé par un mensonge’, dénonce pour sa part la CGT. ’Le gouvernement fonde notamment sa décision sur la volonté de corriger une supposée inégalité public-privé. Or, pour une large majorité des salariés du privé, les trois jours de carence sont actuellement couverts par divers dispositifs (convention collective, accord d’entreprise…) pris en charge par les employeurs.’ Le jour de carence est perçu comme une mesure ’stigmatisante’, ’une véritable insulte’.

Et l’amour ?

Le mouvement des fonctionnaires n’est donc pas seulement l’affaire de 20 euros en plus ou en moins sur la feuille de paye, mais aussi de symboles. Pour Luc Rouban :

’La disparition du ministère de la Fonction publique est un signe, d’autant plus qu’il a été rattaché au ministère de l’Action et des Comptes Publics dirigé par Gérald Darmanin, une personnalité venue de la droite.’

Il est bien sûr trop tôt pour juger si la fonction publique sera l’un des gagnants ou des perdants du quinquennat. Une partie des fonctionnaires ont par exemple apprécié l’engagement d’Emmanuel Macron d’introduire une part de méritocratie dans les rémunérations et les évolutions de carrières. Les années qui viennent diront si cet engagement de campagne sera traduit dans les faits.

Mais les premiers messages adressés par le gouvernement ne sont pas pour rassurer les syndicats. ’Si l’on fait un bilan philosophique des premiers mois du quinquennat, on peut dire que les fonctionnaires ne font pas partie de la catégorie des ’winners’ célébrés par le pouvoir’, conclut Luc Rouban.

Source : nouvelobs.com (10 octobre 2017)

Contact :

  • UNSA Orange
  • mél : orange@unsa.org
  • tél. : +33 (0)6 43 58 04 45
Site réalisé avec SPIP | | Plan du site | Extranet | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © digitalnature sous Licence GPL