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Harcèlement sexuel en entreprise : "On ne fait rien car tout le monde rigole"

Social/France

vendredi 20 octobre 2017

Comment les DRH gèrent-ils les cas de harcèlements sexuels dans les entreprises ? L’Express a recueilli des témoignages édifiants et des conseils à appliquer immédiatement.

Dans les entreprises, l’ambiance n’est pas à la fête depuis que les témoignages affluent sur les réseaux sociaux et dans la presse sur les cas de harcèlements sexuels que subissent les femmes dans tous les secteurs, dans le sillage de l’affaire Harvey Weinstein. Moqueries, blagues potaches, quand ce ne sont pas des actes délibérés et déplacés... et parfois répréhensibles aux yeux de la loi. 

Les DRH ferment les yeux ?

Une femme sur cinq subit du harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle, selon le gouvernement. Un chiffre alarmant et pourtant, le dossier ne semble pas avoir été pleinement saisi dans le monde de l’entreprise. ’Globalement, il n’y a pas tellement de prévention sur ce sujet, raconte à L’Express une cadre dans les ressources humaines d’une grosse PME du secteur juridique. C’est un sujet hyper tabou. Chez nous, pas un seul programme de sensibilisation n’est en cours. Beaucoup de rumeurs courent sur des collaborateurs, mais peu de salariés se déclarent vraiment’. 

’Souvent, le ’queutard’ harceleur est connu comme le loup blanc dans l’entreprise, mais pas forcément des DRH’, précise à L’Express Marie Donzel, consultante spécialisée dans le social qui intervient notamment dans la gestion des organisations. Les victimes ne dénoncent pas forcément à leur hiérarchie leur supérieur, de peur d’en subir les conséquences professionnelles. 

’A part consulter les avocats, il n’y a pas vraiment le réflexe de la part des DRH de se faire accompagner, de s’orienter vers des spécialistes en externe, poursuit une DRH d’une entreprise francilienne. On essaye toujours de procéder à une sorte de gestion de crise en interne. On convoque le manager du manager concerné pour évoquer le sujet et souvent on en reste là. En tout cas, on fait rarement des confrontations. Le gros problème c’est que certains DRH ont carrément tendance à fermer les yeux’. 

Un avis pas forcément partagé par Xavier Alas Luquetas du cabinet Eléas, spécialisé dans la gestion des risques psychosociaux et la qualité de vie au travail (QVT). ’On ne peut pas vraiment dire que les DRH ferment les yeux. La zone grise entre séduction et harcèlement est complexe. Il nous est aussi arrivé d’accompagner des personnes accusées à tort. Il faut être très attentifs aux différentes parties. En tout cas, ma recommandation c’est qu’on ne gagne jamais à laisser les choses se dire tout bas. Quand il y a des rumeurs, il faut les traiter et voir avec les personnes concernées’, précise à L’Express ce spécialiste qui en 20 ans de carrière n’a eu à gérer ’qu’une cinquantaine de cas de licenciements pour harcèlement sexuel’. 

’Petites salopes’, ’une tradition’

Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’être confronté à des faits effarants. Dernièrement, Xavier Alas Luquetas a été missionné pour mener une enquête anonyme et confidentielle sur un site industriel de 300 personnes en province. Et les résultats sont édifiants. 

Sur demande du CHSCT, le cabinet met en place un questionnaire sur une population ciblée : les ouvrières. Le thermomètre social s’envole. ’8 femmes sur 10 ont signalé des propos sexistes lors des changements d’équipes, raconte l’expert. Par exemple, elles sont régulièrement traitées de ’petites salopes’ au moment de quitter leur poste. On est tombé des nues quand on a lu les questionnaires des managers qui, eux-même, reconnaissaient ces mots. Ils nous ont parlé d’une sorte de ’tradition. (...) On ne fait rien car tout le monde rigole’. La conclusion de l’expert est formelle : personne ne dénonce les propos sexistes ’par peur de se couper du reste du groupe’. 

Autre cas préoccupant, selon nos informations, une très grande entreprise française vient de lancer une procédure interne pour des cas de ’harcèlements’ et de ’viols’ à l’encontre de collaborateurs qui abusaient notamment de leurs collègues en déplacement. Une procédure lancée par la direction générale elle-même, interpellée par des réseaux internes de l’entreprise. ’Transports, séminaires et couchages à l’extérieur sont propices à ce type de pratiques’, indique une source proche du dossier qui pointe du doigt l’absence de protection pour les collaboratrices dans ces moments-là, notamment le soir en voyage. 

Source : lexpress.fr (18 octobre 2017)

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