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« Pénibilité », le mot de trop pour l’Elysée

Social/France

mardi 18 juillet 2017

« Ce qui n’est pas nommé, n’existe pas », avait averti le psychanalyste Jacques Lacan. C’est ainsi que le compte pénibilité, cette mesure phare du quinquennat de François Hollande qui permet à des salariés exposés à des métiers « pénibles » de partir plus tôt à la retraite ou de bénéficier d’une formation, change de nom. Le Premier ministre veut l’appeler désormais « compte de prévention ».

Rien de grave, pourrait-on dire. Pas de quoi fouetter un chat ou pousser un cri dans un éditorial enflammé. Puisque derrière la disparition du mot, le dispositif demeure, même s’il est largement raboté après les coups de butoir du Medef. Mais alors pourquoi changer de nom ? En pleine campagne présidentielle, devant les représentants de la CPME, Emmanuel Macron avait déclaré : « Je n’aime pas le terme [de pénibilité] donc je le supprimerai. Car il induit que le travail est une douleur. »

A l’époque, la phrase était passée comme une lettre à la Poste. Elle avait juste provoqué des sourires d’aise du patronat. Comme la promesse de la suppression d’une mesure qualifiée d’« usine à gaz ». Macron était sincère. Pour lui, le travail est nécessairement, ontologiquement « libérateur ». L’homme s’épanouit au travail. Un point, c’est tout. Il y avait dans ce diktat du candidat à la fois un inquiétant désir de puissance (Moi, président, j’ai le pouvoir de renommer ce qui ne me convient pas) et un étrange déni de réalité. Qui plus est pour un chef d’Etat qui revendique sur tous les tons que son action est guidée par le seul « principe de réalité ».

Oui, Monsieur le président de la République, aujourd’hui, le travail peut être associé à une « douleur ». Oui, des dizaines de milliers de Français souffrent au travail. Et ils sont même en forte progression : le volume de maladies professionnelles a augmenté de 4 % en moyenne par an entre 2005 et 2012, principalement à cause de la croissance régulière des troubles musculosquelettiques, due à l’intensification du travail répétitif. Certes, cette frange de la population s’invite rarement sur les plateaux de télévision. Elle ne publie pas non plus de tribunes dans la presse. Elle a l’habitude de serrer les dents en silence. Une souffrance qui cache une profonde inégalité entre les Français.

Selon une étude de décembre 2016 de la Dares, la quasi-totalité des salariés du régime général victimes de maladie professionnelle sont des ouvriers (73 %) ou des employés (23 %). L’espérance de vie d’un ouvrier est toujours de six ans inférieure à celle d’un cadre. Alors avant de vouloir changer la réalité, l’homme politique a au moins la responsabilité de nommer correctement les choses. Le mot « pénible » avait cet immense mérite : celui de rendre hommage à cette France qui se lève, souvent très tôt le matin, la boule au ventre, le dos en vrac ou les articulations douloureuses.

Source : liberation.fr (13 juillet 2017)

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