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Le télétravail est-il l’ennemi des grévistes ?

Social/France

lundi 26 mars 2018

Les mouvements sociaux dans les transports de ces prochains jours vont pousser de nombreux salariés et entreprises à se convertir au télétravail. 

Le télétravail est-il l’ennemi du cheminot gréviste ? Alors que des perturbations sont à prévoir jeudi dans les transports, et que 36 jours de grève attendent les usagers de la SNCF à partir de début avril, les salariés et leurs patrons pourraient avoir recours massivement à cette solution. ’J’espère que ça permettra aux salariés de ne pas trop pâtir d’un mouvement de grève qui prend quand même les usagers en otage’, a même lancé Muriel Pénicaud. La ministre du Travail rappelle d’ailleurs que depuis septembre dernier, un droit opposable au télétravail a été instauré.

’Il n’y a pas eu l’instauration d’un droit qui dit ‘demain il y a grève, je ne veux pas venir’, tempère Eric Rocheblave, avocat spécialisé dans le droit du travail. Les nouvelles sont intervenues pour encadrer et prévoir les droits et les obligations entre l’employeur et le salarié’. D’ailleurs, pour refuser une demande éventuelle de télétravail émanant d’un salarié, il suffit à l’entreprise de motiver sa décision. Assez simple dans les cas où la présence du salarié est absolument nécessaire à son poste, comme coiffeur, fleuriste ou cuisinier.

’S’il n’y a pas de document écrit, l’entreprise prend un risque et le salarié aussi’

Selon Yves Lasfargue, directeur de l’observatoire du télétravail, ’la nouvelle loi permet tout de même une certaine souplesse que l’ancienne ne permettait pas’. Mais sans doute pas au point de permettre en un claquement de doigts aux salariés bloqués par la grève de travailler chez eux ou depuis des espaces de co-working. ’Quand il n’y pas d’accord d’entreprise, ça se résume à un coup de téléphone : ‘est-ce que je peux rester à la maison’, reprend Yves Lasfargue. Cette pratique se développe, mais avec un danger énorme : s’il n’y a pas de document écrit, l’entreprise prend un risque et le salarié aussi’.

Pour lui, la fourchette des salariés qui pratiquent le télétravail oscillent entre 5% et 20%, selon que l’on compte le télétravail contractualisé ou au coup par coup en cas d’urgence.

’Il est probable qu’il y ait un peu moins de télétravail en France, où les entreprises n’en sont pas des fanatiques. Ici, la base du contrat social c’est que le salarié vend des heures, reprend Yves Lasfargue. Certaines entreprises se disent donc que si elles ne voient pas leurs salariés, elles ne peuvent pas contrôler leurs horaires : c’est pour ça qu’il est pratiqué majoritairement par des cadres, avec qui l’entreprise à un sentiment de confiance plus grand’.

Les semaines à venir, qui promettent des trajets compliquées pour les salariés dans les transports, sont toutefois une bonne occasion de développer le télétravail. ’Ce qu’on reproche souvent aux managers français c’est d’y être réticents culturellement. Et la meilleure façon d’effacer une réticence culturelle, c’est d’expérimenter et de se rendre compte que ça se passe bien’, assure Olivier Brun, directeur associé chez Greenworking, une société de conseils qui aident les entreprises dans la mise en place du télétravail.

’A moins d’avoir tous des casques de réalité virtuelle sur la tête, on ne pourra pas tous télétravailler’

Encore faut-il le faire dans des conditions acceptables. ’Pour que ça se passe bien, il faut expliquer les règles du jeu mais aussi s’assurer que techniquement, et c’est parfois le plus compliqué, c’est possible’, assure Olivier Brun. Mais ça vaut le coup de s’y pencher : selon lui, ’5% à 6% de l’activité de certaines sociétés’ pourraient être mise entre parenthèse pendant les mouvements sociaux dans les transports. Les patrons doivent donc prendre conscience que ’ce qu’ils managent, ce ne sont pas les temps de présence dans les locaux, mais les résultats. Avoir des salariés qui attendent trois heures par jour sur un quai, ça n’apporte pas grand-chose. Le télétravail peut être une bonne solution de continuité d’activité’.

Sauf qu’aujourd’hui, ’plus de la moitié des métiers ne sont pas télétravaillables’, tempère Yves Lasfargue. Et qu’il n’est peut-être même pas souhaitable d’aller beaucoup plus loin. ’On va vers une économie de la connaissance et de la créativité, et elle repose sur des échanges informelles fréquents entre des équipes qui coopèrent à haute fréquence, en se voyant les yeux dans les yeux, en prenant un café ensemble. A moins d’avoir tous des casques de réalité virtuelle sur la tête, je ne pense pas que demain on pourra tous télétravailler’, conclut Olivier Brun.

Source : bfmtv.com (22 mars 2018)

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