La succession à la tête d’Orange se précise

Revue de Presse

Source : lesechos.fr (9 janvier 2022 )

Trois candidats ont été présélectionnés pour succéder au PDG démissionnaire du géant français des télécoms, Stéphane Richard.Bruno Le Maire soutiendrait Christel Heydemann, patronne Europe de Schneider Electric.

Qui va succéder à Stéphane Richard à la tête d’Orange ? Si, en apparence, le processus suit son cours avec trois candidats présélectionnés pour la direction générale de l’opérateur historique des télécoms, en coulisses, pour l’instant, rien n’est joué.

Officiellement, Ramon Fernandez, directeur général délégué finance, performance et développement d’Orange, Christel Heydemann, patronne de Schneider en Europe, et Frank Boulben, un ancien d’Orange actuellement «  chief revenue officer » chez Verizon aux Etats-Unis sont en piste, comme l’annonçait «  Libération » en fin de semaine.

Christel Heydemann, favorite de Bruno Le Maire

Mais s’ils ont été retenus par le comité de sélection du conseil d’administration d’Orange, ils vont devoir désormais être adoubés par l’Etat, premier actionnaire d’Orange, qui peut très bien, s’il le souhaite n’en retenir aucun…

Tous ont été rencontrés récemment par Bruno Le Maire et s’apprêtent à voir Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, toujours à la manoeuvre pour les nominations. Selon nos informations, le ministre de l’Economie serait particulièrement enclin à défendre la candidature de Christel Heydemann et l’aurait fait savoir au président de la République.

La balle est désormais dans le camp de l’Elysée. Difficile en effet d’être propulsé à la tête d’un aussi gros groupe qu’Orange, qui opère dans le domaine sensible des télécoms, sans avoir l’aval du chef de l’Etat.

Christel Heydemann, patronne d’industrie, qui connaît bien celle des télécoms pour avoir passé quinze ans à des fonctions de direction chez Alcatel Lucent, et aujourd’hui administratrice d’Orange, pourrait séduire. «  Une femme, cela représenterait le choix de la modernité », entend-on aussi en coulisses.

Comme elle, Franck Boulben a un profil international qui pourrait retenir l’attention si l’on se réfère au scénario Air France dont Benjamin Smith, un Canadien, spécialiste reconnu du transport aérien, préside désormais aux destinées. Candidat crédible, Ramon Fernandez ne serait cependant pas «  dans les petits papiers » de l’Elysée.

Tous les yeux sont donc aujourd’hui tournés vers le «  Château » à qui il revient de trancher. Plusieurs sources expliquent qu’il n’y aurait pas de vrai enthousiasme sur les différentes candidatures. «  Il y a ce sentiment à l’Elysée que la recherche du bon candidat n’est pas aboutie et qu’il y a peut-être d’autres personnes à voir », croit savoir une source proche du dossier. ​

De nombreux «  gros poissons » ont été approchés depuis plusieurs mois. «  Tous ont décliné poliment », raconte un bon connaisseur du dossier. C’est un fait et surtout un vrai paradoxe  : Orange, l’un des plus gros groupes du CAC 40, ne fait pas rêver !

Un problème d’attractivité

D’abord, la scission des fonctions de président et de directeur général, voulue par l’Etat, a amoindri l’attractivité du poste, en particulier pour les «  poids lourds ». Nicolas Dufourcq, le patron de la BPI, aurait décliné pour cette raison. Pas sûr pour autant que l’Etat veuille revenir sur cette dissociation…

Ensuite, la présence de l’Etat au capital (23 % des actions) décourage plus qu’elle n’incite les candidats – encore plus les étrangers – qui redoutent une marge de manoeuvre trop étroite. Enfin, le salaire, autour du million d’euros annuels pour celui de directeur général, et 500.000 euros pour celui de président, est peu élevé au regard des salaires des patrons des grands groupes français. Du reste, le président étant non exécutif, il n’y a plus vraiment d’enjeu sur ce poste.

Prolongement de Stéphane Richard

Cette double nomination interviendra-t-elle avant l’échéance fixée du 31 janvier ? Cette date butoir avait été imposée par Bercy, soucieux de montrer sa résolution à ne pas maintenir en poste un patron condamné en justice. Mais les semaines passent. Si le futur directeur général venait de l’extérieur, son entrée en fonction serait forcément décalée dans le temps. Quant au recrutement du président, il est d’autant moins avancé qu’il faut former un binôme – idéalement homme/femme et surtout de personnalités compatibles – avec cet insaisissable futur directeur général.

L’hypothèse d’un prolongement de Stéphane Richard au-delà du 31 janvier est donc de plus en plus évoquée. Certains l’imaginent même aller au terme de son mandat, en mai. «  Il n’est pas empêché. Ce n’est pas Carlos Ghosn, retenu dans une cellule à l’autre bout de la planète », commente un membre des instances dirigeantes du groupe. Même les syndicats qui avaient appelé à son départ immédiat après sa condamnation admettent qu’en interne «  l’aura de Stéphane Richard n’est pas tellement écornée. Cela ne provoquera pas de tollé dans l’entreprise ».

Reste que Bercy, qui avait insisté pour ce calendrier serré, serait contraint de manger son chapeau. Vu les difficultés, il pourrait y être contraint, mais cela ne dissuadera pas les autorités de vouloir que cette inextricable histoire de succession soit tranchée au plus vite  : le gouvernement ne veut surtout pas qu’elle perturbe l’échéance électorale d’avril.