Orange : Stéphane Richard déplore la course au low cost

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Source : igen.fr/telecoms/ (7 septembre 2015)

Orange ne compte pas se mêler à la surenchère des promotions qui a remplacé la guerre des prix entre opérateurs. Stéphane Richard, le PDG d’Orange, explique dans Les Echos que cette guerre tarifaire n’est peut-être plus aussi « intensive que lors de l’arrivée de Free sur le mobile », en janvier 2012. Néanmoins, Orange n’entend pas « participer à la surenchère » : « Aujourd’hui, nous sommes en train de prouver que l’on peut gagner des clients dans le fixe comme dans le mobile sans massacrer les prix », assène-t-il.

L’opérateur historique continue de miser sur la « qualité de [son] réseau et sur [son] service ». Orange parvient même à augmenter les revenus par abonné : « 3 euros en moyenne dans le mobile et 5 euros dans le fixe ». Cette qualité de service n’est pas qu’une vue de l’esprit : elle a été saluée cet été par l’Arcep (lire : Qualité de service Arcep : en 2015, Orange loin devant, Free bon dernier), malgré la forte concurrence du marché en France. « La compétition reste féroce dans notre pays ».

« Nous avons atteint des niveaux de prix tels que désormais le client ne se focalise plus seulement sur les tarifs mais aussi sur le réseau et le service ». Et il est vrai que les faiblesses des réseaux de Free ou de SFR font revenir vers Orange des clients qui préfèrent désormais payer un peu plus cher pour un meilleur accès au réseau et une certaine qualité de service.

La question de la consolidation
Pour ce qui concerne les velléités de consolidation du secteur, elles se sont un peu calmées depuis qu’Altice est entré avec fracas sur le marché en s’offrant SFR (l’opérateur au carré rouge sert depuis de « réservoir » d’abonnés dans lequel la concurrence, trop heureuse, puise pour regarnir ses fichiers clients). « Aujourd’hui, la consolidation n’est pas à l’ordre du jour mais elle finira peut-être par resurgir l’an prochain, après la vente des nouvelles fréquences pour la 4G ».

L’acuité de la question de la consolidation va sans doute revenir sur le tapis avec les difficultés de la concurrence : « Et si Orange, qui repose sur de solides bases, est celui qui a le moins besoin de la consolidation, la situation de chacun de nos concurrents suscite des interrogations. Numericable-SFR perd des clients, Bouygues Telecom en gagne, mais reste tendu financièrement, et Free doit investir massivement dans son réseau ».

La course au low cost
Stéphane Richard développe par ailleurs une intéressante théorie sur la recherche à tout crin du moins-disant, une course au low cost comparée à une « maladie » qui touche l’Europe et « singulièrement » la France. « L’idéologie consumériste a fait des ravages et pousse à aller en permanence vers le moins-disant. Nous payons là le prix d’un système qui a du mal à se réformer. Entretenir notre système social coûte de plus en plus cher et pour rendre tout de même un peu de pouvoir d’achat aux Français dans un contexte de hausse des impôts et du prix de l’immobilier, la seule solution des politiques, de gauche comme de droite, est de faire pression sur les entreprises pour qu’elles baissent leurs prix ». Entendre « idéologie consumériste » dans le discours d’un grand patron est singulier, mais l’argument n’est pas complètement farfelu pour autant.

Pour Stéphane Richard, « il y a une obsession française pour la recherche permanente du « moins cher  » », et il rappelle au passage que les télécoms ont depuis 2011 « rendu » 7 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux consommateurs français grâce à une baisse de 40% des prix du mobile. « Malgré cela, il subsiste une forme de défiance à l’encontre des entreprises, dont on déplore la faiblesse des marges un jour pour stigmatiser les profits indécents le lendemain ! Pourtant, sans bénéfices, une entreprise ne peut pas investir ».

À rebours des discours déclinistes, le patron d’Orange estime que la France conserve de sérieux atouts dans la compétition numérique mondiale. « La France n’est pas distancée [par rapport aux États-Unis]. L’innovation y est très dynamique dans le numérique ou la santé, par exemple. Bien plus en tout cas que dans d’autres pays européens », explique-t-il en déplorant toutefois un écosystème trop faible pour faire croître les start-ups.